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La séparation ne fait pas toujours plus mal que la relation, mais parfois, c'est le système qui blesse

June 17, 20267 min read

Par Chloé Forbes, B.A Psyc | Forbes Method


Il y a une croyance populaire qui dit que la séparation, c'est juste une question de temps. Que les blessures guérissent, que les enfants s'adaptent, que les adultes passent à autre chose. Et oui, dans beaucoup de cas, c'est vrai. Mais dans d'autres, la souffrance ne vient pas juste de la fin de la relation. Elle vient de ce qui se passe après.

De ce qu'on fait à l'autre. De ce que le système fait aux deux.

En tant que professionnelle du soutien psychosocial qui travaille avec des couples et des familles, j'ai vu des séparations se vivre avec dignité, avec douceur même. Et j'en ai vu d'autres qui laissent des cicatrices bien plus profondes que la relation elle-même n'en aurait jamais créé.

Aujourd'hui, je veux nommer des choses qu'on ne dit pas assez fort.


L'abus de séparation : quand la rupture devient une arme

On parle beaucoup de la violence conjugale dans la relation. Mais il existe une violence qui prend naissance, ou qui s'intensifie, au moment de la séparation. On l'appelle parfois la violence post-séparation, ou l'abus de séparation. Et elle est sournoise, parce qu'elle se déguise souvent en autre chose.

Ça peut ressembler à :

  • Refuser de quitter le domicile familial pour épuiser l'autre financièrement et émotionnellement

  • Couper les accès bancaires du jour au lendemain

  • Utiliser les enfants comme messagers, comme espions, comme monnaie d'échange

  • Saboter les nouvelles relations de l'autre pour maintenir une emprise

  • Contrôler via les communications, les rendez-vous médicaux des enfants, les inscriptions scolaires

Ce n'est pas une chicane. Ce n'est pas « la séparation qui est difficile ». C'est de la violence, même sans coup, même sans cri.

La victime, elle, se retrouve souvent à douter d'elle-même : Est-ce que j'exagère? C'est peut-être normal? Non. Ce n'est pas normal. Et beaucoup d'intervenants, malheureusement, n'ont pas encore les outils pour le reconnaître.


L'abus de procédures judiciaires : la cour comme champ de bataille

Il existe un phénomène que les juristes et les travailleurs sociaux commencent à nommer de plus en plus : l'abus de procédures en cour familiale.

Concrètement, c'est quand une partie, souvent celle qui veut maintenir du pouvoir ou causer du tort, utilise le système judiciaire comme arme d'épuisement. Requête après requête. Appel après appel. Motion d'urgence pour des situations qui n'ont rien d'urgent.

Le but? Ce n'est pas d'obtenir justice. C'est de :

  • Vider les ressources financières de l'autre

  • L'épuiser psychologiquement pour qu'il ou elle abandonne ses droits

  • Garder un contact constant et forcé

  • Créer un climat de peur et d'instabilité chronique

Et le pire? Le système n'est pas équipé pour détecter facilement ce pattern. Chaque requête, prise isolément, peut sembler légitime. C'est dans la répétition, dans le contexte, dans l'histoire que l'abus apparaît. Mais les juges sont débordés, les avocats sont payés à l'heure, et la victime se retrouve souvent à se battre seule contre une machine bien huilée.

Cette forme de violence financière et psychologique dure parfois des années. Elle fait des dommages comparables, et parfois pires, que ce que la relation elle-même avait causé.


Les intervenants non formés : quand l'aide fait mal

Je vais dire quelque chose qui peut faire grincer des dents, mais c'est important : tous les intervenants qui touchent aux dossiers de séparation n'ont pas la formation pour le faire adéquatement.

Et ce n'est pas une question de mauvaise volonté. C'est une question de lacune systémique.

Quand une personne victime d'abus post-séparation se retrouve devant un médiateur familial qui prône la communication « ouverte et égalitaire » entre les deux parties, sans tenir compte du déséquilibre de pouvoir qui existe, c'est dangereux. La médiation présuppose une équité de base. Si cette équité n'existe pas, la médiation peut devenir un autre outil de contrôle.

Quand un professionnel en santé mentale travaille avec les deux partenaires séparément sans jamais évaluer la dynamique abusive, et que ses notes se retrouvent dans un dossier de cour, les conséquences peuvent être catastrophiques.

Quand un avocat conseille à son client de « faire des compromis » pour éviter une longue bataille judiciaire, sans comprendre que céder dans un contexte d'abus, c'est normaliser l'abus, cette erreur coûte cher.

Les erreurs communes que je vois dans ma pratique :

  • Traiter la séparation conflictuelle comme un « conflit entre deux adultes en désaccord » plutôt que comme un contexte potentiellement abusif

  • Minimiser l'impact de la violence psychologique parce qu'il n'y a pas de preuve physique

  • Pousser vers la coparentalité harmonieuse sans évaluer si c'est sécuritaire

  • Ne pas reconnaître les signes de manipulation, de gaslighting ou d'aliénation parentale


Les angles morts de la DPJ : forcer la coparentalité quand ça ne devrait pas

Là, j'entre en terrain sensible. Parce que la DPJ, c'est une institution qui a un rôle fondamental et nécessaire. Mais elle a aussi, comme toute institution, ses angles morts.

Un des plus importants dans les contextes de séparation conflictuelle : la présomption que la coparentalité est toujours dans le meilleur intérêt de l'enfant.

Dans les cas simples, oui, absolument. Les enfants ont besoin de leurs deux parents. C'est prouvé, c'est vrai, c'est important.

Mais quand un parent est victime d'abus post-séparation, forcer la coparentalité avec l'abuseur revient à forcer la victime à maintenir un lien avec sa source de danger et souvent à utiliser les enfants comme point de contact.

Les angles morts que j'observe :

1. L'évaluation centrée sur les comportements observables, pas sur les dynamiques La DPJ évalue souvent ce qui est visible : les conditions de vie, les comportements directs envers l'enfant. Mais la violence psychologique entre adulteset son impact sur les enfants est plus difficile à documenter et souvent sous-évaluée.

2. La pression sur la victime à « coopérer » Quand un parent signale que l'autre est abusif et qu'il refuse de faciliter les contacts, il peut se retrouver lui-même évalué négativement comme « non coopératif ». C'est un double piège terrible.

3. Le manque de formation sur les dynamiques coercitives Le contrôle coercitif, cette forme de violence qui passe par l'isolement, la surveillance, la manipulation, le contrôle financier est encore mal compris dans beaucoup de formations institutionnelles. Sans cette compréhension, les intervenants peuvent passer à côté du danger réel.

4. Les délais et la fatigue institutionnelle Les dossiers traînent. Les enfants grandissent dans des situations instables pendant que les adultes attendent des évaluations, des audiences, des décisions. Pendant ce temps, les dommages se cumulent.


Ce que ça fait, concrètement, aux personnes qui le vivent

Je ne veux pas que cet article reste dans l'abstrait. Parce que derrière chacun de ces « angles morts » et « erreurs systémiques », il y a des gens, souvent la personne qui a déjà beaucoup trop donné, qui vivent des choses comme :

  • Se lever chaque matin en sachant que leur ex va encore trouver quelque chose pour les épuiser

  • Devoir envoyer leurs enfants chez quelqu'un dont ils ont peur, parce que la cour l'a ordonné

  • Se faire dire par leur intervenant-e qu'ils doivent « communiquer mieux » avec quelqu'un qui les a contrôlés pendant des années

  • Dépenser leurs économies, leur énergie, leur santé mentale dans un système qui ne les comprend pas toujours

C'est de l'épuisement existentiel. Et c'est souvent invisible aux yeux du monde.


Alors, qu'est-ce qu'on fait avec ça?

Je ne prétends pas avoir toutes les réponses. Mais voici ce que je crois profondément :

Les professionnels qui gravitent autour des familles en séparation ont la responsabilité de se former. Pas juste sur la communication. Sur la violence, sur le contrôle coercitif, sur l'abus post-séparation.

Les victimes méritent d'être crues et soutenues sans avoir à d'abord prouver leur souffrance.

La coparentalité n'est pas une solution universelle. Dans certains contextes, elle est un danger. Et le meilleur intérêt de l'enfant, parfois, c'est de ne pas être le lien forcé entre un parent sécuritaire et un parent qui représente une menace.

Et si vous vivez une de ces réalités ou si vous accompagnez quelqu'un qui la vit,sachez que votre perception n'est pas exagérée. Ce que vous traversez est réel. Et vous méritez un accompagnement qui comprend ce que ça veut dire, vraiment.


Chloé Forbes est fondatrice de Forbes Method, une pratique de soutien psychosocial et de coaching conjugal basée à Lévis, Québec. Elle offre des services en personne et virtuellement à travers la province.

Chloé Forbes

Chloé Forbes

Chloé Forbes, intervenante psychosociale et créatrice de La Forbes Method. Spécialisée en amour propre, couple et parentalité. Elle dit les vraies affaires, même quand c'est inconfortable.

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