
Pourquoi les pères "rushent" : ce que personne ne raconte
Je n'avais pas le droit de dire que j'aimais mon père.
Je n'avais pas le droit d'être contente de le voir.
Les plans s'annulaient sans avertissement. Et quand j'osais montrer que j'aimais l'homme qui avait "brisé" le cœur de ma mère, je me faisais punir. Physiquement. Pour manque de respect.
C'est ça, être prise en otage dans un conflit qui n'était pas le mien.
Le beau-père qui protège, la réalité qui attend
J'ai eu un beau-père. Un vrai. Un qui protégeait.
À un moment donné, j'étais rendue à lui demander si je pouvais rester avec lui. Pas avec ma mère. Parce que revenir au Québec, ça voulait dire revenir dans une famille qui tolérait ce qu'elle faisait. Ça voulait dire que ma réalité allait changer, et pas pour le mieux.
Un enfant qui préfère rester avec un beau-parent plutôt que de retourner chez son parent biologique, c'est un signal. Pas un caprice. Pas de la manipulation de l'autre côté. Un signal qu'il se passe quelque chose qui dépasse largement une histoire de garde partagée.
L'appel
Cinq ans plus tard, j'ai appelé mon père. J'étais suicidaire. Dans ma tête, je ne voulais plus exister.
J'ai fait l'appel avec une peur immense qu'il me dise non.
Quand j'ai entendu "oui, je viens te chercher", j'étais estomaquée. Pas juste soulagée. Estomaquée. Parce qu'une partie de moi ne s'attendait pas à ce qu'il réponde présent.
Ça a été le premier pas vers une vérité que je traînais sans le savoir : le problème, dans ma vie, ce n'était pas les hommes. C'était les femmes.
Pourquoi je te raconte ça
Parce que si tu te demandes pourquoi les pères "rushent",pourquoi ils semblent distants, absents, désorganisés, parfois même donnent l'impression de lâcher prise, c'est rarement parce qu'ils s'en foutent.
C'est parce qu'ils souffrent autant que la mère. Souvent en silence, parce que le système, la famille élargie, pis même parfois leur propre entourage, ne leur laisse pas la place de le dire.
Un père qui se bat contre l'aliénation parentale se bat contre :
Un système judiciaire qui prend des mois, voire des années, à statuer
Une DPJ pas toujours équipée pour reconnaître la violence psychologique qui ne laisse pas de marques
Une famille élargie qui, par loyauté ou par confort, choisit de ne rien voir
Un enfant qui, pris dans la loyauté, finit par répéter un discours qui n'est pas le sien
Et pendant ce temps-là, l'enfant, lui, apprend que l'amour a des conditions. Que dire "je t'aime" à papa peut coûter cher. Que la vérité de ce qu'il ressent n'a pas sa place.
Ce que j'aurais eu besoin d'entendre
Que ce n'était pas de ma faute.
Que mon père qui "rushait" pour me voir, qui se battait dans un système qui n'était pas de son bord, ce n'était pas un signe qu'il m'aimait moins. C'était le contraire.
Que les enfants qui vivent ça portent une loyauté déchirée qui n'a rien à voir avec de la simple garde partagée compliquée, c'est une blessure d'attachement qui laisse des marques bien après l'enfance.
Si cette histoire-là résonne chez toi, que tu sois le parent qui se bat pour rester présent, ou l'adulte qui reconnaît aujourd'hui ce qu'il a vécu enfant, sache que ce n'est pas quelque chose que tu dois porter seul.e.
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Chloé Forbes, B.A. Psyc | Forbes Method | [email protected]
